The Grudge 3 | Toby Wilkins
Trop forts ces japonais. Après les voitures, les jeux vidéo et les sushis, ils exportent leurs spectres vengeurs. Toujours prompte à ramper pour mieux se fondre dans le décor, le duo de revenants mère & fils arrive à New-York pour y trucider quiconque croisera son chemin.
La série Ju-On qui a rapporté gloire et fortune à son concepteur Shimizu Takashi n’en finit plus de faire des petits. Si deux nouveau films dérivés ont été récemment produits au Japon, voici le troisième et sans doute pas le dernier opus de la saga côté occidental. Exit Sarah Michelle Gellar, une nouvelle équipe va devoir à son tour se coltiner la malédiction.

Les producteurs ne se sont visiblement pas trop creusé la tête pour renouveler un concept qui commence pourtant à sentir le réchauffé : The Grudge 3, dépourvu de la moindre originalité, a recours à quelques rares astuces scénaristiques pour maintenir le projet à flot. Le pitch simpliste n’arrange rien, encore moins les effets horrifiques, au mieux téléphonés, au pire inexistants. Avec la distribution, le degré zéro de la tolérance cinéphilique est atteint [1]. Des moments de franche rigolade vous attendent encore avec les dialogues [2] ; ainsi lorsque l’héroïne, croisant pour la première fois le garçon mort-vivant dans l’escalier, lui dit : « Tu peux te vanter de m’avoir fait peur ! » avant de continuer sa route, sans s’étonner une seconde de la couleur spectrale du gamin, encore moins de sa nudité en plein couloir.
On aura compris que ce truc a autant à voir avec le cinéma qu’un disque d’idole peut s’apparenter à de la musique. Ce n’est pas la « caution japonaise » amenée via le personnage de Naoko qui apportera à tout ça plus de crédibilité. Son rôle reste extérieur à l’histoire, semblant n’exister que pour être trucidée en une des rares séquences choc vraiment réussies ; voire pour engendrer une éventuelle descendance filmique. Plus pour le pire que pour le meilleur, hélas.
The Grudge premier du nom que Shimizu choisît de réaliser lui-même, était en effet la brillante immersion d’une mythologie insulaire déjà bien établie, dans un environnement typiquement américain. Une façon de ne pas dénaturer le propos originel, voire de l’enrichir par de nouveaux éléments « étrangers ». La suite avait un intérêt moins immédiat, mais bénéficiait encore de la patte de son créateur. En se cantonnant à la seule production, le cinéaste abandonne son bébé pour le confier à d’anonymes tâcherons. Il n’y a pas si longtemps, les initiateurs du Cercle [3] avaient arrêté les frais après deux tentatives aussi ridicules qu’inutiles malgré le rappel de Nakata Hideo pour limiter la casse. À l’instar de son compatriote, Shimizu Takashi aura au moins encaissé un joli chèque... de quoi oublier plus facilement une réputation passablement ternie après un succédané aussi paresseux.
, le 15 juillet 2009
