STYLISH | Lee Hyori
La valeur ajoutée du R&B est l’imagerie sexy, et pas besoin d’être spécialiste pour le savoir, onduler du vagin paiera toujours plus que de faire de la bonne musique, à moins d’être exceptionnelle et ça, ça n’arrive pas souvent.
Lee Hyori aurait pu être comme les dizaines de gourdasses anonymes qui tapissent les écrans des chaînes musicales et emplissent l’air de leurs titres insipides. Elle l’était, anonyme parmi ses complices de girlsband (Fin.K.L. pour ne pas les citer), mignonne mais sans grand intérêt, noyée dans l’immensité de l’idol system coréen.
Mais Hyori a choisi de faire comme Mariah Carey : de devenir une beyatch soft. À l’époque ça n’était pas si courant. Chorégraphies suggestives, paroles ambiguës, et comble de la hype un clip banni des télévisions. Hyori représente donc, sans doute involontairement, ce faux courant féministe prônant la libération de la femme par l’acceptation de sa quasi-nudité constante. Être aguicheuse, mini de mise, tout en secouant son bassin serait donc la preuve d’une immense liberté, pas faux. Bien qu’en pratique la récupération mercantile ait réduit à néant cette possibilité, réifiant la Femme, véritable string sur pattes. Jamais « faire la pute », expression ô combien châtiée pour évoquer la promotion, n’aura pris autant de sens qu’avec le R&B contemporain [1]. Du coup qu’on le veuille ou non, mâle ou femelle, l’humain a tendance à s’occuper de la jupe-ras-la-conscience de l’intéressée et de ce qu’elle laisse entrevoir que de ce qu’elle peut raconter. Ce n’est pas plus mal au fond puisqu’il en ressort en général une vacuité éreintante.
La force de Hyori est d’avoir véritablement ouvert la brèche à la putasserie musicale en Corée du Sud, pays encore très conservateur, elle fut le phénomène que le Japon connu 3,4 ans plus tard avec Kōda Kumi, la beauté (refaite en grande partie) en plus. Dans la moiteur du mois d’août 2003 résonnaient chez les heureux possesseurs de l’album des beats résolument tournés vers l’Amérique ; Elle voulait l’avoir, et elle l’a eu ; ce n’est pas le prologue hip-poppy qui me contredira. A peine l’album entamé qu’on sent de légers relents de retouche vocale : un rien trop d’écho, de perfection léchée et d’étouffement du son pur de la voix de la starlette. Les hits de l’album restent dans le gentiment remuant et le mercantile sulfureux, les grattes funky et les samples disco de One Two Three N’four font secouer la tête, 10 Minutesaussi répétitif qu’efficace nous lève de nos chaises puis nous fait lâcher nos verres le temps de son refrain et Hey Girl, la chanson du scandale, nous permet d’agiter frénétiquement nos reins pendant quelques minutes de sonorités « darkchildiennes ». Alors que 10 Minutes avait déjà fait parler de lui pour son message peu moral [2] le clip d’Hey Girl fût interdit d’antenne car jugé trop osé. Hyori ayant tendance à se frotter d’un peu trop prêt à son partenaire (à vous de juger en bas de l’article) les ligues de vertu n’en purent plus. Une coréenne digne de ce nom ne se trémousse pas !
Mis à part ces coups d’éclats sexy, dont Do Me et son titre évocateur en sont d’autres illustres représentant, les morceaux égrainent surtout les turpitudes amoureuses de jeune fille : hymne à la séduction (One Two Three N’four, Hey Girl), coup de blues mid-tempo enrubanné de chœurs émouvants (Babochorom (Sadness)) ou de cordes dramatiques (Mianheyo (Ghost)), déclarations enflammées en slow avec Orum dont le taux de sucre n’égale pas l’hyperglycémie revendiquée d’Onultara, période post-ruptures remplis d’amants et vide de sens (Eve, Nagwone Jamdulda , Onu Chejuba) loin des larmoyantes logorrhées mais lorgnant vers la variété (Remember Me), une rupture dance violente (Jiwoboryo) fini de ponctuer cette vie sentimentale bien remplie avant un peu de relaxation débonnaire (Only One) puis quelques larmes. Ce n’est qu’un au revoir, Hyori et sa voix retouchée reviendront pour d’autres fait d’arme.
Honorable sortie, STYLISH n’en est pas moins un album commercial qui ne marquera la K-Pop que part le buzz qu’il créa. D’ailleurs sans puissance sciatique cette chronique et comme cet opus, peu de chose :
Hey Girl - Lee Hyori
, le 26 mai 2008
