Shinezine

Life | Fuji TV



Shiiba Ayumu a réussi contre toute attente à intégrer le prestigieux lycée Nishi, contrairement à sa meilleure amie pourtant plus douée. Après le suicide de cette dernière, Ayumu se lie d’amitié avec Anzai Manami , fille unique d’une famille très aisée dont le père abreuve le lycée de donations diverses. D’abord protectrice, Manami révèle rapidement une nature machiavélique et despotique auprès d’une petite cour de suiveuses inconditionnelles. Ayumu devient la cible de cette bande, persécutée dans la plus parfaite indifférence générale. Des moments difficiles attendent la jeune fille qui choisira pourtant de faire face.

L’environnement lycéen est une seconde nature pour la fiction japonaise, le drama y trouvant d’inépuisables sujets à l’eau de rose exaltant le côté supposé magique de l’adolescence. Cette fois pourtant, en choisissant de transposer à l’écran le shōjo manga de Suenobu Keiko, les producteurs ont tourné le dos à toute vision angélique pour mieux nous plonger dans une relecture moderne de L’Enfer de Dante version jupettes à carreaux. Noir c’est noir : la naïve Ayumu va se coltiner moult vexations, intimidations et autres menaces verbales, avant de subir agressions physiques et humiliations publiques [1] visant à la rejeter toujours plus loin du giron supposé protecteur de l’institution scolaire, manœuvres orchestrées par la toute puissante Manami dont le pouvoir financier du père fait taire ses cruels caprices à l’ensemble du corps enseignant.

Manami & Ayumu (Fukuda Sali & Kitano Kie)

Le parcours plus que chaotique de la sympathique Ayumu ressemble à un véritable chemin de croix, accumulation de tous les malheurs possibles sur ses frêles épaules dont la seule alternative réelle serait le suicide ou une décompensation névrotique sévère. La répétition de toutes ces épreuves tient carrément de la gageure, à se demander même si la petite ne serait pas un peu limitée pour foncer tête baissée dans la première galère venue ! On aura compris que la dramatisation s’avère nécessaire pour tenir le public en haleine sur onze épisodes, entre rebondissements et cliffhanger, à l’origine d’une telle endurance et d’une belle constance à jouer les martyres. Au-delà de ces excès redondants et des inévitables tunnels narratifs ressassant ce que l’on connaît déjà ou que l’on a vite compris, de quelques personnages caricaturaux [2], Life propose un tableau acceptable de la cruauté juvénile à l’œuvre, personnifiée par Anzai Manami, archétype de la peste que l’on adorera détester. Comportement facilité par l’absence de toute déontologie de ses professeurs, plus préoccupés par leur petite carrière et la pérennité de l’établissement qui les fait vivre que par le devenir ou les angoisses d’adolescents en total manque de repères, sans oublier l’absence criante de communication entre les parents et leur progéniture, adultes incapables dans leur ensemble de déceler la faille du système, ou préférant l’ignorer.

Manami & sa cour

Les héros de l’histoire évoluent dans un univers où seule compte la place dans le classement trimestriel, le résultat chiffré. Un constat guère brillant qui induit des dérives sinistres : éphémère reine de beauté poussée au suicide, père obnubilé par sa position sociale et la peur de perdre la face maltraitant son fils unique qui deviendra un authentique névropathe à tendance sadique, et on en passe. Life ne fait donc pas dans l’humour, pourtant la tonalité un tantinet fleur bleue du shōjo manga s’exprime au travers des réflexions du trio principal, Ayumu, Yuuki et Miki, trois personnalités cherchant à s’évader du formatage écrasant de l’école made in Japan. Comme une trouée de ciel azur dans un climat délétère, symbolisée par la virée champêtre, où nos trois tourtereaux déambulent au milieu de tournesols pour se rendre compte qu’il n’y a pas que l’école dans la vie. Ouf, un peu d’air !

Une pause contemplative avant le final certes attendu mais d’une logique incontestable, suffisamment vacharde pour satisfaire les adeptes du œil pour œil dent pour dent, mais qui parvient à ménager une morale vaguement édifiante. Au sein d’une distribution pléthorique, la douce Kitano Kie [3] tire son épingle du jeu, elle a l’âge du rōle et n’a du coup pas trop à forcer sur la prétendue candeur de son personnage. Sa rivale Fukuda Saki (Manami) prend par contre visiblement beaucoup de plaisir à jouer les garces filles à papa ... pas autant semble-t-il, hélas, que Hosoda Yoshihiko , surjouant le freak de service (Katsumi) jusqu’à le rendre ridicule. S’il fallait trouver un peu de subtilité, ce serait avec Seki Megumi [4] qui interprète Miki, la grande soeur protectrice à la force de caractère peu commune. L’héroïne la plus intéressante du lot, on s’en doute.

En dépit des défauts inhérents au style feuilletonesque de ce drama, Life secoue le paysage du divertissement télévisé lénifiant, tout en proposant d’un point de vue nettement plus pervers un jeu de massacre ludique entre ados, dont certains méritent une place de choix sur l’île de Battle Royale [5]. Ou comment satisfaire ses pulsions meurtrières avec le spectacle jouissif du crêpage de chignons d’un pur ramassis de jeunes écervelé(e)s incultes.

Michel Boléchala, le 9 janvier 2008


Notes

[1] la violence justifiant un horaire de diffusion tardif, le samedi vers 23h

[2] un détail toujours plus flagrant lorsqu’il s’agit de transposer en vrai une histoire autrement plus souple en version BD, le dessin pouvant se permettre de pousser ses caractères à l’extrême en conservant facilement une distance bienvenue

[3] rien à voir avec le Beat Kitano Takeshi

[4] la grande bringue sympa de Hachimitsu To Clover

[5] un film réalisé en 2000 par Fukasaku Kinji avec Kitano Takeshi, Andō Masanobu, Shibasaki Kō & Kuriyama Chiaki

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