I.J.Parker
Le jeune gouverneur Sugawara Akitada est désormais en poste aux confins de l’empire, dans la province d’Echigo. La rudesse du climat n’a d’équivalent que l’hostilité des populations et l’instabilité politique constante. Tout en cherchant à rétablir un ordre gouvernemental bien compromis, il devra élucider différents meurtres liés à un seigneur de la guerre local omnipotent et moins que coopératif.
Et de trois, la saga continue ! Dans la droite ligne de ses prédécesseurs L’Énigme Du Dragon Tempête et L’Énigme De La Porte Rashomon, L’Énigme De La Flèche Noire propose au lecteur son lot de rebondissements habituels. Histoire de mettre à nouveau en péril l’autorité impériale que représente Akitada, mais aussi une façon de poursuivre l’initiation aux arcanes du pouvoir du jeune noble sans fortune. Celui-ci devra apprendre à user de sa fonction sans en abuser et faire face aux situations les plus déstabilisantes. D’abord fonctionnaire et fin lettré habitué des couloirs de bibliothèque, l’homme aux habiles déductions mais à la santé fragile n’aura de cesse de passer à l’action, domaine où on l’attend le moins. I.J. Parker se plaît visiblement au fil des épisodes à mettre à mal sa nature pacifique pour l’entraîner chaque fois plus en avant dans l’univers viril des combats qu’affectionnent ses bouillants équipiers, un monde “du dehors” autrement moins confortable pour lui. Et là, il sera servi : région inhospitalière, nobles félons, marchands dévoyés, autochtones réfractaires à ses méthodes, il a largement de quoi s’occuper, d’autant que ses amis d’un jour gardent intactes leurs nombreuses zones d’ombre.
Ce troisième opus ne décevra donc pas les amateurs de la série, respectant le cahier des charges mêlant moult détails historiques authentiques aux péripéties plus romancées de notre justicier en robe. L’écriture ne perd pas de temps en joliesse, seule l’intrigue et ses ressorts importe. Celle de L’Énigme De La Flèche Noire apparaît d’ailleurs comme la plus accomplie. Densité dramatique certaine, personnages dévoilant chacun leur part d’ambiguïté et de faiblesse, le récit ne manque pas de souffle ni de profondeur, même si l’on reste dans la littérature de divertissement. Le fait d’entourer Sugawara Akitada d’autres acolytes apporte une réelle dynamique, reléguant le vieux secrétaire Seimei à un rôle très secondaire, tandis que Tamako, épouse et touche féminine indispensable, figure une silhouette entre bienveillance et sagesse.
C’est pourtant encore l’amertume qui clôt l’aventure ; suite à une méprise causant la mort de l’un de ses subordonnés, le héros devra composer avec une terrible culpabilité éloignant définitivement tout happy end de circonstance.
Une fin quelque peu abrupte rappelant la tonalité du premier livre, preuve que madame Parker n’oublie pas qu’un bon polar, même historique, doit toujours contenir une bonne dose de noirceur. Tant mieux pour nous.
Michel Boléchala, le 28 novembre 2009
Les éditions Belfond ont depuis publié un nouveau volume de la collection : L’Énigme Du Second Prince est en effet sorti début novembre 2009.

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