Harcèlement Sexuel

Chine et Japon, le cauchemar au royaume du riz

Véritable phénomène de société, l’atteinte à la dignité de la femme est présente dans le monde entier. En Europe, des associations d’aide à ces femmes existent et offrent un soutien non négligeable. De même, les femmes n’hésitent pas à porter plainte, voire à porter l’affaire en justice. De nos jours, les employées obtiennent gain de cause et ce genre de procès révolte la pensée collective. Mais qu’en est il en Asie  ? Quelles sont les alternatives proposées afin de défendre le droit d’être une femme égale de l’homme  ? Nous allons observer la tendance de deux géants d’Asie, le Japon et la Chine. Ces deux pays sont reconnus comme des puissances économiques et, surtout, ils sont forts de centaines de millions d’habitants. Alors que deviennent ces millions de femmes  ?


Le harcèlement sexuel comprend tout acte ou discours violant la dignité et les droits de l’Homme. Au Japon, le terme approprié est sekuhara, néologisme résultant de la contraction de l’anglais « sexual harassment ». De nos jours il est courant que des jeunes femmes subissent des attouchements déplacés dans les transports en commun. Évidement, ce mal est exécuté en toute impunité par n’importe quel homme, du lycéen à l’employé de bureau, en passant par le « respectable » père de famille.

Premier terrain de guerre : le lieu de travail. Les employées femmes sont victimes de multiples agressions. En effet nombre de leurs collègues ne se cachent pas de détenir et de montrer des images pornographiques sur leurs ordinateurs ; les supérieurs directs leurs font des attouchements ; et pour finir, les « vieilles » employée (autour de 30/40 ans) désireuses de conserver leur emploi, ou pour évoluer, sont souvent contraintes d’avoir des rapports sexuels avec leur directeur. Ce constat est navrant mais bien réel.

Autre occasion, celle du nomikai (littéralement rassemblement pour boire) après 18h00 à la sortie des bureaux. Le plus souvent il s’agit de soirées organisées par la société, dans un club ou dans un hôtel luxueux avec des clients étrangers. La plupart des femmes sont contraintes, lorsqu’elles acceptent d’y aller, de s’exécuter sans broncher lorsqu’on leur dit de se mettre à côté du directeur. Elles doivent également faire face aux propositions douteuses de leurs collègues masculins. Ce qui se passe dans ces soirées ? Avec du saké coulant à flot on ne peut que bien l’imaginer. A noter également, quelques scandales sexuels de grands dirigeants ; le gouverneur d’Ōsaka envers une étudiante de 21 ans, l’ex-PDG de Toyota automobile aux USA (Otaka Hideaki) sur une employée japonaise de 42 ans, et enfin Ikeda Daisuke président de la soka gakkai [1] sur une de ses disciple sur un période de 30 ans (il en sera de même pour d’autres adeptes à travers le monde). Ce sont là les quelques cas officiels, ayant donné lieu à des procès.

Le second terrain miné : les transports en commun. Le plus souvent, bondés, les trains de banlieue sont des lieux de choix pour un potentiel harceleur. Il est devenu banal que des hommes « tripotent » des fesses, des seins et même des parties génitales. Tout cela évidement n’est que rarement signalé et malheureusement, aux heures de pointe, ces femmes ne peuvent que subir ces actes, faute de place… le train reste dans la continuité de la journée de travail où les relations homme-femme, soit dominant-dominé, sont à leur paroxysme de machisme. Mais pourquoi un tel comportement me direz vous ? Les japonais ont tout autant de médias véhiculant des porno qu’en France, et pourtant le phénomène est moins important ici. Première hypothèse, au Japon le sujet du sexe est délicat, alors les hommes opprimés doivent avoir un exutoire et pouvoir laisser libre cours à leurs fantasmes, chose qu’ils ne peuvent que difficilement assumer avec leurs femmes.

Deuxième hypothèse, au Japon il y a un foisonnement de supports à caractère pornographique (manga hentai, vidéo porno, etc.) et les hommes reproduisent leurs fantasmes. De plus les bars à thèmes (nopan club, soap land, etc.) [2]et leurs hôtesses en mini jupe avec ou sans culotte n’aident pas à leur offrir une image digne de la femme. Le dernier facteur dégradant est sans aucun doute la prostitution de lycéennes et d’étudiantes qui s’adonnent à ces activités par confort matériel (sac de grande marque, vêtements à la mode et accessoires dernier cri). C’est sans doute ce trop plein de sexe bon marché qui a mené le Japon à cette voie sans issue. Pour illustrer ces propos jetez donc un coup d’œil à GTO alias Great Teacher Onizuka [3]. On y retrouve des sujets graves traités avec humour tels que la situation du train, l’obsession pour les jeunes étudiantes en uniforme et la violence sexuelle qui survient quand le harcèlement ne suffit plus.

Panneau d'horaires des trains pour femmes à TokyoPour contrer cette atteinte à la dignité de la femme, le Japon a mis en vigueur en avril 1999 une loi sur l’égalité des sexes sur le lieu de travail. Elle prévoit une amende de 50 000 yen (environ 320 euros) en cas de condamnation, sans compter un espoir de reconnaissance des victimes lors de procès. Par exemple, le gouverneur d’Ōsaka a du payer 107 000 $ à l’étudiante plaignante. De plus, pour assurer la sécurité des voyageuses en train aux heures de pointe, des wagons leurs étant réservés sont installés sur 9 grandes lignes. Les lignes sensibles sont surtout les lignes dites rapides, empruntées par les résidents de banlieues. De même, nombre de guides de voyage conseillent aux touristes seules de ne pas trop s’attarder et de rester sur leurs gardes (train, bar etc.). Ces mesures extrêmes laissent perplexe quant à l’avenir des japonaises. Dans cette société où la femme est le plus souvent réduite à un objet sexuel, marchandé et de plus en plus jeune, il semble difficile que les mentalités bougent…

Parallèlement, en Chine, les femmes n’ont pas autant de « chance ». Le harcèlement sexuel chinois est directement lié aux structures sociales et culturelles du pays. Une ancienne conception de la société veut que ce soit le mâle qui domine tout, la femme et le sexe sont quant à eux des sujets délicats. De plus, le fait que la femme n’ait été reconnue l’égale de l’homme qu’après la fondation de la République Populaire de Chine en 1949 n’est pas étranger au problème… Comme pour le Japon, les lieux sensibles sont les transports en commun bondés, le lieu de travail et les marchés. Il semblerait également que le printemps et l’été soient propices aux tentatives des pervers, notamment à cause des tenues plus légères. Jusque là rien de bien nouveau.

Au sein des entreprises 40% des employées d’entreprises privées ont un jour eu une expérience de harcèlement sexuel (selon une enquête de l’Académie des Sciences Sociales de Chine). Il y a en revanche moins de cas répertoriés dans le secteur public grâce à la sécurité de l’emploi et la moralité omniprésente. Les victimes sont le plus souvent situées entre 15 et 30 ans, souvent naïves et innocentes. Que cela soit dans des emplois précaires ou à la sortie des universités, les hommes abusent de leur ascendant. Ils les menacent de licenciement, ou bien leur promettent de fabuleuses promotions. Deux solutions s’offrent à elles : céder ou résister, ce qui entraîne à 99% du temps une démission.

Afin de lutter contre ce fléau, le gouvernement chinois a adopté depuis le 28 août 2005 une loi proclamant « le harcèlement sexuel interdit ». La révision de cette loi le 1er décembre 2005 définit ce délit comme « un comportement obscène qui est préjudiciable et provocateur sur le plan sexuel », rien de bien explicite… Malgré ce brouillard légal, c’est la première fois que ce problème est officiellement soulevé en Chine. Face à cette nouvelle, les médias n’ont pas tardé à diffuser l’information, donnant sans doute quelques espoirs aux victimes honteuses. Cependant, une infime partie des procès intentés a obtenu gain de cause, notamment à cause de cette idée de « mâle tout puissant ». Autre alternative, la création en 1992 d’un Centre de Consultation Psychologique pour Femmes de Beijing, qui offre aux victimes un soutien téléphonique.

Affiche de prévention dans une gare de Tokyo : « Le vandalisme, la violence et les attouchements dans les trains et gares sont des crimes » Alors qu’au Japon les femmes sont informées et hésitent de moins en moins à se révolter contre le harcèlement sexuel, leurs homologues chinoises, elles, se terrent dans le silence et la honte. Il semblerait qu’en Chine une femme agressée est avant tout une femme qui aguiche les hommes et qui, par conséquent le mérite. Ces femmes sont accusées d’être de petite vertu, de flirter avec des hommes, etc. Néanmoins, la Chine connaît depuis quelques années une avancée fulgurante. On serait tenté de penser que ce pays offrira de plus en plus d’opportunités aux femmes d’être sensibilisées, et surtout aux victimes d’avoir gain de cause ! En revanche, il faudrait aussi que les hommes soient prévenus des risques encourus (aucun chiffre communiqué pour le moment) afin d’en dissuader quelques uns.

Article publié dans SHINE#3

Graziella Condon, le 7 janvier 2007

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